LA SOUFFRANCE DU CHRIST DURERA JUSQU’À LA FIN DU MONDE
Le dimanche des rameaux est un jour dramatique plein de contradiction, d’enthousiasme de la foule qui chante Hosanna, les palmes dans la main, et quand arrive le moment de condamnation, elle crie qu’il faut crucifier Jésus. C’est un jour qui synthétise le triduum pascal, marqué par la compromission, la trahison, la peur, la fuite, le reniement, les intrigues. Dans cette méditation, dont le titre est tiré des Pensées de Blaise Pascal, je m’arrêterai seulement sur trois péchés qui guêtent tous les membres du corps du Christ: 1. Le parfum qui divise la communauté: La jalousie, 2. La trahison, 3. La peur qui conduit au reniement de Pierre.
- LA JALOUSIE.
La première scène est le parfum qui suscite la division à l’intérieur de la communauté de Jésus. En général, dans le cercle des amis, le bien de l’autre crée la joie et l’admiration de tous les membres, tandis que son malheur engendre l’indignation. Mais, les disciples de Jésus critiquent d’une manière malicieuse, la femme qui verse du parfum d’un grand prix sur la tête de Jésus. L’évangéliste Marc décrit la scène en ces mots: » une femme entra, avec un flacon d’albâtre contenant un parfum très pur et de grande valeur. Brisant le flacon, elle le lui versa sur la tête ». Dans l’évangile de saint Jean, la femme qui pose ce geste est Marie, la soeur de Lazare. Elle verse le parfum non sur la tête de Jésus, mais sur ses pieds, en les essuyant avec ses cheveux (Jn12,3).
Jésus aprécie ce geste de grande humanité. Ce qui est étonnant, c’est la réaction des disciples qui disent: » À quoi bon gaspiller ce parfum? On aurait pu le vendre pour plus de trois cents pièces d’argent et en faire don aux pauvres ». Les disciples tombent dans les vices de jalousie et d’avarice. Combien dans nos familles, dans nos communautés religieuses, sacerdotales, des confrères ou consoeurs ne se saluent pas à cause de la jalousie? Jésus subit déjà la trahison dans son cercle réduit qu’il a choisi sans aucun mérite. La guérison de ce virus nuisible, est l’action de grâce. Une fois que nous sommes heureux du bonheur de l’autre, le même bonheur nous rejoint indirectement, selon la loi de gravitation de l’amour infini de Dieu pour nous. - LA TRAHISON.
Pourquoi Judas trahit son Maitre?
Judas trahit le fils de Dieu pour adorer « Pécunia », la divinité de l’argent. Il s’agit d’un acte sacrilège, horrible. L’évangéliste Jean qui n’est pas tendre envers Judas, l’accuse d’être voleur en tant qu’économe de la communauté. Son amour pour l’argent jusqu’à à l’oubli de Dieu, le conduit à poser un autre geste insupportable, le baiser. Il utilise un geste d’affection pour livrer le Fils de Dieu. Le baiser de Judas signifie l’hypocrisie de celui qui, sur les lèvres bénit, et au fond de lui, maudit. La fin de Judas est tragique. Il se rend compte qu’il a trahi l’innocent et cherche en vain de réparer l’irréparable. Il remet l’argent et dit désespérément: »J’ai trahit l’innocent ». Il regrette, mais tombe dans le désespoir et se suicide (Mt27,3ss). Il se rend compte qu’il a tout perdu: l’amitié avec Jésus, la communauté de frères, la dignité. L’erreur de Judas est de ne pas compter sur la miséricorde infinie de Dieu. Il reste enfermé sur son désespoir. Dans notre temps, Judas est toujours présent dans l’église du Seigneur, dans la société civile où les trahisons sont devenues monnaie-courante pour des fins économiques ou politiques. - LE RENIEMENT.
Pierre se présente comme un homme fidèle, fort, qui peut combattre et mourir pour son ami, Jésus. Pierre est l’homme qui aimait Jésus, qui répondait spontannément à ses questions. C’est lui qui professe la foi que Jésus a la parole de la vie éternelle. À Césaré de Philippe, il affirme qu’il est le Fils du Dieu vivant. Mais à Getshémanie, en voyant la dégradation progressive de Jésus, il manifeste déjà un signe de faiblesse. Il ne peut pas veiller au moins une heure. Les témoins de la transfiguration sont pris de frayeur, de panique et d’angoisse. Jésus leur dit: « L’esprit est ardent, mais la chair est faible ».
Jésus, se souvenant de la fausse promesse de Pierre qui disait qu’il peut mourir pour lui, dit sous forme ironique: « Simon, tu dors! Tu n’as pas eu la force de veiller une heure? Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation ». Dans le moment décisif, Pierre renie trois fois Jésus en déclarant: « Je ne connais pas cet homme »! Pourtant, c’est lui qui avait professé la foi que Jésus est le fils du Dieu vivant. Mais le sort de ces deux hommes n’est pas le même. Judas trahit et se suicide, Pierre renie et pleure.
Blaise Pascal, voulant signifier la permanence de Judas et de Pierre dans l’Église du Seigneur, écrit dans ses Pensées: »La souffrance du Christ, son agonie, durera jusqu’à la fin du monde »(VII,553). - PRIÈRE.
Du péché de la jalousie, de l’envie et de l’hypocrisie, délivre-nous Seigneur.
De nos torpeurs spirituelles et de notre incapacité de veiller dans la prière, délivre-nous Seigneur.
De l’amour de l’argent et de l’avidité des postes dans la société civile et dans ton église qui conduisent à la trahison du frère, délivre-nous Seigneur.
Ne regarde pas nos péchés Seigneur! Près de toi se trouve le pardon.
Sois béni pour les siècles sans fin, amen!
Bon dimanche des rameaux.
Paix et joie dans nos coeurs et dans le monde.
Ton frère Abbé Ferdinand Nindorera